Ruines politiques
Colloque international
Ruines politiques
Rome, 25 et 26 février 2016
Poitiers, 21 octobre 2016

Qu’il s’agisse de les effacer, de les dégager, de les protéger, de les transformer ou de reconstruire sur leurs fondations, bien des ruines furent l’objet de débats et polémiques parfois virulents. Les autorités civiles comme religieuses, la classe politique ou l’opinion publique s’en saisirent comme des symboles d’un âge révolu, idéalisé ou honni. Ces débats se font sur toile de fond d’une tradition de longue durée. Encore récemment, Salvatore Settis a rappelé à quel point l’Occident – contrairement à d’autres civilisations – a pu faire sienne une vénération particulière des ruines en tant que telles. On peut penser en particulier à celles de l’Antiquité. Ce ne sont pourtant pas les seuls restes de ce type, mis en vénération, transformés en lieux de mémoire, ou, au contraire, bannis de celle-ci. On est en droit de penser que notamment l’époque contemporaine a multiplié les inventions d’objets de ce genre, et ont changé par là même les types d’usage, de même que leur signification. Alors que, dans les périodes pré-modernes, la symbolique des ruines vit sans doute prioritairement de l’antagonisme entre traditions profanes et religieuses, la modernité, à coup sûr, impose (ou ajoute) d’autres dimensions de sens, qu’il s’agisse de symboliser la chute d’un régime, ou (et) de mémoriser les terreurs de la guerre.
Dans ces diverses mises en scène, fonctions et signification politiques des ruines semblent patentes, si bien qu’il paraît nécessaire d’entrer dans les détails, d’une part en cherchant à faire l’inventaire des différentes « matières » et constellations menant à la valorisation politique de ces restes, d’autre part en analysant la signification politique précise que revêt leur « invention », ou encore les multiples sens que révèle sans doute leur réception. Le colloque cherche à explorer ces questions dans une visée trans-période, depuis l’antiquité jusqu’à l’époque contemporaine. Il s’adresse prioritairement aux historiens mais est ouvert également aux autres sciences humaines, à commencer par l’histoire de l’art.
Comité scientifique :
Marina Caffiero (Università di Roma – “La Sapienza”); Pierre-Antoine Fabre (CARE/EHESS) ; Dominique Iogna-Prat (EHESS) ; Dino Mengozzi (Università di Urbino) ; Alain Schnapp (Université de Paris I) ; Gerd Schwerhoff (Technische Universität Dresden) ; Jean-François Sirinelli (IEP de Paris)
Comité d’organisation :
Albrecht Burkardt; Jérôme Grévy; Alexandra Beauchamp, Thierry Favier, Bertrand Lançon, Gaëlle Tallet, Simone Visciola
PROGRAMME
Jeudi 25 février 2016
Matinée
École française de Rome, Place Navone
9 h Accueil par Catherine Virlouvet, Directrice de l’École française de Rome, et Fabrice Jesné, Directeur des études pour les époques moderne et contemporaine
9 h 15 Albrecht BURKARDT et Jérôme GRÉVY, Introduction thématique
RESTES D’UN ÂGE D’OR
Présidence : Fabrice Jesné
9 h 30 Charles DAVOINE, Université d’Aix-Marseille
L’empereur et les ruines dans le monde romain : la reconstruction au service de l’âge d’or (Ier siècle av. J.-C. – IVe siècle ap. J.-C.)
10 h Raquel ALONSO ÁLVAREZ, Universidad de Oviedo L’utilisation du passé chez les évêques Arias et Pèlage d’Oviedo (Espagne, XIe-XIIe siècles) : Ruines, reliques et objets somptueux
10 h 30 Clémence REVEST, CNRS – Centre Roland Mousnier Monumentaliser le « réveil » des lettres latines aux débuts
de l’humanisme : autour de la polémique déclenchée par la destruction d’une statue de Virgile à Mantoue ( n du XIVe s.)
11 h – Pause café
11 h 15 Angela QUATTROCCHI, Università di Reggio Calabria
“Ce qui reste de Rome”: les ruines comme reliques politiques des États Ponticaux
11 h 45 Dino MENGOZZI, Università di Urbino
La beauté des ruines et l’essor de la conscience nationale italienne. Du Grand Tour au vol de la Gioconda
12 h 15 Discussion 13 h – Déjeuner
Jeudi 25 février 2016
Après-midi
École française de Rome, Place Navone
CONSERVER
Présidence : Marina Caf ero
14 h Éric HASSLER, Université de Strasbourg
Fabriquer le caractère ancestral du pouvoir seigneurial : la conservation des vestiges médiévaux lors de la baroquisation des résidences seigneuriales dans les pays héréditaires de la maison d’Autriche, n XVIIe-début XVIIIe siècle
14 h 30 Roger BAURY, Université Charles de Gaulle – Lille3
Les châteaux en ruine, entre antagonismes mémoriels et passions politiques de la n de l’Ancien Régime à nos jours
15 h Bruno BETHOUART, Université du Littoral Côte d’Opale (ULCO)
Les remparts urbains : de la destruction à la valorisation des ruines dans la France du Nord à l’époque contemporaine
15 h 30 Discussion 15 h 45 – Pause café
EFFRAYER
16 h Hugues MARQUIS, Université de Poitiers
De l’usage politique des ruines dans les guerres de la Révolution
16 h 30 Gilles MALANDAIN, Université de Poitiers
Que reste-t-il de la bataille? Vestiges et monuments de Waterloo
17 h Éric FOURNIER, Université de Paris 1 – Panthéon- Sorbonne
Paris et la Commune de 1871 : les ruines et les brèches révolutionnaires
17 h 30 Jean-Noël GRANDHOMME, Université de Lorraine «Ici fut Fleury». Les villages détruits de la Première Guerre mondiale : utilisations politique et pédagogique (1918-2016)
20 h 30 à la Villa Médicis : Conférence d’histoire de l’art (dans le cycle des Jeudis de la Villa)
Salvatore Settis, Scuola Normale Superiore di Pisa
La città storica : un modello in rovina
Vendredi 26 février 2016
Matinée
Académie de France à Rome, Villa Médicis, salle Michel Piccoli
MONTRER L’INDICIBLE
Présidence : Jérôme Delaplanche
8 h 30 Mot de bienvenue par Jérôme Delaplanche, Chargé de mission pour l’histoire de l’art
8 h 45 Emmanuelle DANCHIN, SIRICE (UMR 8138) Conserver la mémoire de la guerre ou effacer ses traces ? Le débat en France de la préservation des ruines de guerre (1915-1921)
9 h 15 Julie DESCHEPPER, INALCO
Monumentaliser la Grande Guerre Patriotique : De l’usage politique des ruines en Russie à l’exemple de Schlisselbourg
9 h 45 – Pause café
10 h – 11 h Visite de la Villa Médicis
11 h Chantal DHENNIN, Université Lille Nord de la France / HLLI, ULCO
Les blockhaus d’Illies : des reliques politiques
11 h 30 Stéphane MICHONNEAU, Université Charles de Gaulle – Lille3
Belchite, un village-martyr pour la cause franquiste
12 h Sabine FORERO MENDOZA, Université de Pau et des pays de l’Adour
Ruiner deux fois. Le terrorisme culturel
12 h 30 Discussion
13 h – Déjeuner à la Villa Médicis
Vendredi 26 février 2016
Après-midi
Académie de France à Rome, Villa Médicis, salle Michel Piccoli
NARRER
Présidence : Salvatore Settis
14 h 30 Philippe AKAR, ANHIMA (UMR 8210)
La construction des reliques par le texte : la mention des lieux de la mémoire dans l’écriture de l’histoire de la République romaine
15 h Maer TAVEIRA, EHESS
Entre ruines et légendes. Usages, représentations et interprétations des ruines « arthuriennes » dans une géographique politique médiévale
15 h 30 Audrey NORCIA, Université de Paris1 – Panthéon- Sorbonne / HiCSA-CPC
La ruine, un dispositif plastique pour penser l’Histoire. L’exemple d’Anne et Patrick Poirier et de Jochen Gerz
16 h 00 – Pause café
16 h 15 Samuel BOUSSION, Mathias GARDET, Université de Paris 8 ; Martine RUCHAT, Université de Genève
« Des millions d’enfants se sont éveillés à la vie dans un monde de ruines et de mort ». Les communautés d’enfants : usage politique d’une utopie pédagogique
17 h 00 – Débat final et conclusions
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Andrea Martignoni (22 février 2016). Ruines politiques. L'Humanisme européen . Consulté le 6 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/pqee
